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 Antonio, début...

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Godzilla
Barbe ancestrale
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Loisirs : je ne porte pas de slip ! (comme quoi plus ça change et plus c'est pareil)

MessageSujet: Antonio, début...   Mer 25 Jan 2017 - 13:43

Putain de métier, putain de ville !

Peut-être qu'un jour vous débarquerez du train, un peu paumé sur le quai de Grand Central Station, sur City Hall, Downtown et peut-être comme beaucoup de ces types de passage - touristes en manque d’exotisme bon marché, hommes d’affaires pressés, ou cornus à la dérive — vous appellerez un taxi pour vous trimbaler dans le labyrinthe de béton et d'acier d'Heaven Harbor, la “Capitale de la Côte Ouest” — comme ils disent à la radio... Capitale de mon cul, oui ! juste un immense cloaque à ciel ouvert, cerné de buildings si hauts que leurs ombres cachent le soleil le jour et que leurs lumières frileuses éteignent les étoiles durant toutes les putains de nuits que dieu ou qui-que-ce-soit-d'autre fait et où je travaille. De toute façon à quoi bon voir le ciel ? Personne ne prend plus le temps de lever le nez de nos jours. Les gens sont tous devenus des zombies. C’est ce que je pense, parfois, en les voyant déambuler comme ça, comme dans un mauvais pulp de série Z. Trop de putain de routine, trop de putain de stress, ça vous rend taré à la longue. Justement… Je suis taxi-driver et ma biographie on en a vite fait le tour : petit fils d'immigré — hé, oui ! mon grand père a contribué a construire cette foutue ville dans laquelle t'habite, et mon père a disparu comme le brave GI qu'il était au début de cette foutue guerre quelque part dans le Pacifique Sud, bordel, sur une île que je ne saurais même pas situer une carte ! Alors forcément j'ai été élevé par ma mère en passant plus de temps a me tailler une réputation de garnement avec les mômes de Little Italie qu'a user mes fonds de pantalon sur les bancs de l'école. Où j'en étais ? Ah, oui, aux tarés et au boulot qui me sert a gagner ma croute... Et donc des tarés j’en ai vu plus que mon compte depuis la poignée d'année que je fais ce job — je vous épargne les histoires tordue que j'ai put entendre. Pourtant, il n’y a rien qui aurait pu me préparer à ce qui m’est arrivé ce soir-là. Je me rappelle, il faisait une chaleur du genre étuve, moite et collante, comme souvent sur le début d’été ici. C’est avec le gamin que ça a commencé...

Je l’avais chargé à l’angle que fait le Strand et l'avenue sans nom qui donne sur Forbidden City. Un gosse comme tant d’autres. Genre fils à papa. De la thune à pas savoir qu’en foutre et l’air camé jusqu’aux yeux. Il m’avait fourré dans la pogne un paquet de biftons froissés — des vrais dollars en plus, pas ces billets de Monopoly avec l'effigie d'un certain Nixon, inconnu au bataillon, qui circulaient en ville dans ces moments là. Et sa carte aussi, pas que j’en eus grand chose à faire. Il était plutôt beau gars, de grandes boucles blondes façon statue grecque, costard blanc et panama. Sauf que ce devait être une vraie loque à voir sa tête. Il m’avait dit un truc qui aurait pu à la rigueur passer pour roule et boucle-là. Alors, je me suis glissé dans la circulation et j’ai laissé aller un moment, le temps que ce petit con se tape son rail de coke ou quoi-que-ce-soit-d'autre-qu'il-ait-eut-envie-de-se-fourrer-dans-le museau, redescende et me dise où le déposer. S’il était encore en état de le faire, du moins... De temps en temps, je matais ce qu’il fichait à l’arrière de ma caisse, dans le rétro. Juste histoire de m’assurer qu’il ne me joue pas un tour de cochon en douce, tu vois le genre.

En fait, non ! ça a vraiment commencé quand cet enfant de salaud a sorti son calibre. Mais c’est pas tant ça : des clients armés j’en ai vu d’autres et des qui croient que leur flingue va me coller assez les foies pour que je leur refile ma caisse — une Eldorado, rouge comme les lèvres d'une fille le soir de son premier rencard et avec le moteur qui ronronne pareil — ou n’importe quoi du genre. Non, pas tant ça que le flingue en lui-même — un Colt Python qu'on aurait pourtant cru tout droit sortit du siècle dernier, luisant bizarrement sous le reflet des réverbères et, avec un je-ne-sais-quoi à vous rendre insomniaque le reste de votre vie, que vous imaginez assez courte de toute façon. Mais, bordel ! qu’est-ce que c’était. J’ai eu toute une ribambelle de prières que ma sainte de mère m’avait apprise qui se sont mises à danser la sarabande sous mon crâne. Puis c’est là que c’est devenu vraiment inquiétant. Au lieu de me coller son canon sur la tempe ou quelque chose du genre, le type s’est mis à lui causer... Il lui parlait à voix basse ; pas que je sois parvenu à entendre ce qu’il disait. Pas que j'en ait eut la moindre envie non plus... mais au ton de sa voix j’aurais juré qu’il lui susurrait des mots tendres. Pour un peu j’aurais rougi... Puis là, sans crier gare, le fils de pute s’est enfilé le canon dans la bouche. « Merde », je pense « il va me retapisser la plage arrière avec sa cervelle ce salaud. »

Je me contracte par réflexe en m’attendant à la détonation. Rien. Une seconde ou deux se passent avant que je risque un oeil dans le rétro et, là, je vois cet enfoiré qui l’embrassait. Son flingue, bien sur. Il l’embrassait comme j’ai jamais vu un mec embrasser une gonzesse. Un peu comme au ciné avant que les ligues de vertus ne nous imposes la censure du code Hays, un truc genre long baiser langoureux où t’as l’impression qu’un des deux va y laisser sa langue. Un peu comme si tu voulais bouffer l’autre, parce que tu sais que tu vas partir et plus jamais le revoir, et que tu veux en garder un bout avec toi. Un truc de malade. Un truc à vous filer la gerbe, si ça m’avait pas fichu autant la trouille. Mais surtout - pas que je sois sûr de ce que j’ai vu, note bien - parce que un instant, j’ai eu l’impression que c’était son flingue qui dirigeait la danse. Dehors, il pleuvait maintenant. Un peu comme si le ciel s’était mis à avoir la chiasse. D’ailleurs, pour le peu de ciel qu’on apercevait entre les tours, les néons lui en donnaient la couleur. Je redressai ma trajectoire et évitait d’emboutir un débile garé en triple file. Au passage, je l’insultai et le klaxonnai copieusement. Si ça ne sert à rien au moins ça défoule. J’évitai soigneusement de regarder mon passager. Je ne sais pas combien de temps j’ai roulé comme ça avant d’arriver au grand échangeur. Je me suis rendu compte que j’étais arrêté sur la voie d’urgence en train de me vider tout ce que je savais et que le bonhomme était en train de descendre...

Avec les trombes de flotte qui tombaient on ne voyait rien que les feux des bagnoles qui filaient à toute allure. Un peu comme quand tu revoie ta vie en accéléré. Tu vois un peu le tableau. Puis le bahut a déboulé de nulle part, un gros Ford et il a fauché mon client. Pas beau à voir que ça a été, comme on l’a dit aux flics ensuite. Le camion a dû essayer de l’éviter ce qui fait qu’il s’est couché sur le flanc et a glissé sur une bonne centaine de mètres avant d’aller s’échouer comme une baleine pathétique dans les pompes d’une station essence. Il devait transporter une saloperie quelconque, parce que ça a aussitôt pris feu et pas tardé avant d’exploser, en soufflant une bonne partie des vitres alentours et en fichant une sacrée pagaille sur l'avenue. Une fois la paperasse et tout le saintfrusquin rempli, les flics ont décampé laissant le gros du boulot aux pompiers. Et aux ambulances qui s’agitaient dans ce foutoir comme des fourmis sous mescaline. Nous aussi on a fichu le camp. J’étais crevé et même avec le paquet de fric que ce dingue m’avait laissé, j’avais perdu ma soirée.

Nous  ? J’ai dit nous ?



Je parlais d'Elle et moi sans doute. Hell ? Oui, Elle, je l'avais trouvée comme blottie sur le siège arrière de la cadillac a la fin de tout ce chambard et je me dit que j'aurait dut penser qu'elle avait dut se tirer de Red Light District et la flanquer sur le bitume si j'avais été en état de cogiter plus loin que ma queue a ce moment là. C’est vers midi quand je me suis réveillé, la tête de travers et la bouche pâteuse avec dedans comme un arrière-goût de téquila et de bile que je l'ai vraiment vue pour la première fois. Dans la pièce d’à côté, j’entendais les notes aigrelettes et la voix râpeuse, comme sorties d’un gramophone hors d’âge, d’un Boléro cubain... Peut-être ? pas mon genre de musique en tout cas. Elle était là, a demie découverte par le drap souillé du grabat où nous avions dormi, elle semblait juste éclose comme une fleur obscène ; son long corps poisseux et alangui, tandis que sa gueule noire s’ouvrait vers moi comme un muet appel à mes désirs les plus refoulés et que le reflet du soleil courant sur elle, semblait, d’une façon que je ne saurais dire, me faire de l’oeil. Je m’asseyais nu et tremblant, transi par ce froid qui depuis ne me quitte plus. Je passais rapidement un vieux pantalon à la propreté douteuse, une chemise plus ou moins présentable et calais le .357 somnolent, comme un serpent prêt à mordre, entre ma ceinture et mon sexe encore douloureux. Sa crosse d’ivoire gravée d’étranges symboles battait contre mon abdomen contracté.

La nuit ne tarderait pas. Elle m’avait choisi pour régler une vielle affaire qui aurait dut l'être depuis longtemps, va savoir pourquoi moi ? La-faute-a-pas-de-bol, surement... Et nous avions encore beaucoup de pain sur la planche d'ici a la fin de l'histoire. Mais avant il fallait encore que je passe a la petite fête de famille donnée pour l'anniversaire de ma débile de sœur — comment ça, je vous en ait pas parlé ? c'est qu'il y a pas grand chose a dire de Rose sinon qu'elle se macque toujours avec les mecs les plus crasses qu'on puisse imaginer, se fait tabasser quelque temps et se retrouve seule et enceinte après que son Jules ait finit en tôle ou les pieds coulés dans du béton quelque part au large de la Sio River et que la mama pleure toutes larmes de son corps sur la pauvre choutte et que moi je casque pour les frais d'entretient de la sainte famille — et je n'avais pas la moindre idée du cadeau que j'allais lui offrir. C’était encore une putain de soirée de boulot qui commençait dans cette putain de ville, d'ailleurs je me disais qu'il serait bientôt temps d'en changer, de boulot.

Et pour le reste, ce n'était pas si mal ma fois, car cette ville après tout, je lui devais tout ce que j'étais et tout ce que j'avais, même Elle...

En quelque sorte c'était Notre Ville !


_________________
« La seule vérité du multivers c'est que la classe, il y en a qui l'ont et d'autres pas. Moi je l'ai et toi, tu l'as pas. »
Factole Rhys de l'Ordre transcendental, au Grand Oratorium, suite a un échange un peu vif avec le Factol Sarin de l'Harmonium

« Ce qui est bien avec les guerres civiles, c’est qu’on peut rentrer manger à la maison. »
Général Robert E. Lee en partance pour Gettysburg

« Chaque jour, une fois par jour, faites vous un cadeau. Ne le planifiez pas. Ne l’attendez pas. Laissez le venir. Cela peut être une nouvelle chemise, une sieste dans votre bureau, ou deux tasses d’un bon café noir bien chaud. »
Agent Dale Cooper, au Double R Diner en compagnie du Sherif Truman, méditant sur l'opportunité de reprendre ou non de la tarte
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